
JOHNNY RED – TULLY & COLQUHOUN – EDITIONS DELIRIUM – CHRONIQUE BD @ ALAIN SALLES
Johnny Red
Tome 1 : L’envol du Faucon
Tome 2/3 : Le Diable rouge
par Tom Tully et Joe Colquhoun chez Delirium
Alors que la deuxième Guerre mondiale fait rage, l’apprenti pilote de la Royal Air Force, Johnny Redburn, est renvoyé pour avoir frappé un officier. Cuistot sur un navire catapulte (sorte de rampe de lancement pour avions) en mer de Barents, il décide de remplacer au pied levé le pilote abattu devant ses yeux par les avions allemands. Après ce baptême du feu aérien, ne pouvant risquer de rejoindre la RAF, il part vers la Russie pour rejoindre une base soviétique. Là, près de Mourmansk, il va devenir un pilote redoutable aux côtés des Faucons russes : Johnny Redburn cède la place à Johnny Red, l’anglais devenu un héros en Russie.

Si la bande-dessinée franco-belge a consacré de nombreux héros aériens (des pilotes de chasse, pas des super-héros !), tels Buck Danny, Dan Cooper, ou encore Tanguy et Laverdure, les britanniques ont plutôt brillé par le réalisme de leur approche avec cette série classique méconnue (jamais adaptée !) dans nos contrées, Johnny Red. Les préfaces de Garth Ennis (extraites des rééditions de 2010 par Titan Books), l’auteur de The Boys, Preacher…et aujourd’hui Battlefields (chez Dynamite aux USA), sont autant d’informations sur la genèse, l’histoire en elle-même, que pour expliquer au lectorat d’aujourd’hui la place de Johnny Red dans la bande-dessinée en Grande Bretagne.
Car Tom Tully, scénariste de Roy of the Rovers, et Joe Colquhoun, dessinateur du magistral La Grande Guerre de Charlie (neuf tomes chez Delirium) mettent en scène le récit ultime de guerre dans les airs. Malgré quelques libertés avec l’Histoire, cette série (inspirée par la vie d’un authentique pilote anglais) colle à la réalité historique du front russe, avec ses combattants déterminés malgré des conditions de vie épouvantables, et le rythme frénétique de la vie de pilotes de combat.
Le trait de Colquhoun, comme dans La Grande Guerre de Charlie, est suffisamment détaillé pour que son expression éclate en noir et blanc, le chaos des combats donnant des accents de fin du monde !

De plus, la fréquence de parutions (dans Battle Picture Weekly, à raison de trois pages par semaines à partir de 1977), augmentent d’autant le recours aux cliffhangers, donnant à la saga une frénésie quasi-permanente, un peu à l’image du héros nerveux, tête brûlée, coriace, mais juste. Comme quand il s’en prend aux officiers russes, nantis parmi les pauvres, méprisants les pilotes, toujours au risque de sa propre sécurité. Ou encore lorsqu’il défend un pilote allemand qui a refusé un combat sans honneur.
Il ne faut pas perdre de vue que c’est un pilote anglais en fuite devenu un Faucon russe, et, même s’il obtient la médaille de l’ordre de Lénine chez les soviétiques, il vole toujours avec son Hurricane ! Cela paraît un peu invraisemblable, mais Johnny Redburn ne souffre pas de quelques détails techniques (un avion éternellement réparé, par exemple) qui enjolivent (un peu) l’ensemble. Comme le fait que Johnny finit par avoir tué accidentellement l’officier britannique, alors qu’au départ, il l’a seulement frappé.

Qu’importe ! Johnny Red est une saga aérienne captivante où les prouesses sont d’abord celles de pilotes qui se débattent dans un conflit qu’ils n’ont pas voulu.
Alain Salles
