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DOMINIQUE A – PALMER CENON – #LIVE REPORT@JEREMY CHATEAU

Dominique A était au Rocher de Palmer samedi 7 avril pour présenter son douzième album, Toute latitude, paru quelques semaines plus tôt. Accompagné de quatre musiciens, il avait promis pour cette tournée un son très rock, une promesse amplement tenue ce soir-là. Cette date marquait également plus de vingt-cinq ans de présence scénique à Bordeaux pour le chanteur, dont la setlist extrêmement généreuse recouvrait autant d’années d’écriture.

Le public est déjà nombreux lorsque Gaël Faure entre en scène, accompagné de sa seule mais vaillante guitare électrique, pour ouvrir la soirée. Son allure de personnage brechtien et les accords mélancoliques que chante son instrument nous plongent dans une ambiance pas si éloignée de celle que cultivait Dominique A lui-même, période Remué-Auguri. Le jeune interprète convertit ainsi en sons brumeux et électriques une majorité de titres issus de son dernier album, l’électroacoustique Regain, et confie au public, avec humour, quelques épisodes de sa vie de chanteur : la course après les trains en période de grève dans la matinée, ou la rencontre, à Bordeaux déjà, avec l’imposant mais sympathique Dominique lors de la tournée des Colibri, qui au printemps 2017 faisait une halte à Darwin.

Révélé par ses aventures cathodiques il y a une dizaine d’années, Gaël Faure joue désormais dans une cour bien différente, mais n’omet pas d’insérer vers la fin du set une reprise de «L’amour à la plage» de Niagara. La salle relève le défi et accompagne la prestation d’«aou cha-cha-cha». Les lumières se rallument quelques minutes plus tard. Pendant l’entracte, les tubes de The Police tournent dans les enceintes, joyeusement accueillis par une partie dansante et chantante du public. Mais ce choix n’est pas dû au hasard : pour ceux qui ont écouté l’inquiétant «Corps de ferme à l’abandon», issu du dernier cru de Dominique A, «Can’t Stand Losing You» et la glaçante pochette de son 45 tours sont plutôt devenus synonymes de terreur?!

Peu après vingt et une heures, Thomas Poli s’installe aux claviers et lance les accords de «Cycle», le lumineux titre d’ouverture de Toute latitude. Les musiciens s’installent, l’ondulant Jeff Hallam à la basse, l’historique Sacha Toorop à la batterie et Étienne Bonhomme aux percussions électroniques. Dominique A, enfin, fait son entrée d’un pas volontaire et entame son nouveau titre avec une énergie qui ne flanchera pas pendant les deux heures à venir. Il enchaîne ce premier titre, le plus lumineux de son nouvel album, avec l’un des plus moroses, la complainte post-punk «La mort d’un oiseau» — le sort des animaux hante ses chansons depuis une poignée d’albums, plus ostensiblement que jamais sur Toute latitude. Vient «Pour la peau», l’un des morceaux les plus puissants de son répertoire, pour lequel Etienne Bonhomme rejoint la seconde batterie acoustique. Joué à plein régime, le titre rappelle le seul écueil, relatif, de la soirée : la balance n’est pas optimale et, près de la scène, les enceintes crépitent comme un feu de bois. Il n’empêche : au son, le fidèle ingénieur Dominique B opère en orfèvre l’accord de l’électrique et de l’électronique.

Dominique A est un artiste en mouvement perpétuel et le démontre de plusieurs façons ce soir : littéralement, en accompagnant sa prestation de pas de danse vigoureux (une dame lui aurait fait remarquer la veille à Caen qu’il ne s’abandonnait pas assez)?; musicalement, en opérant un zigzag stylistique qui est devenu sa marque sur scène comme sur disque?; dans sa façon aussi d’explorer et de revisiter avec une sérénité nouvelle tout son répertoire. Si l’excellent Toute latitude domine évidemment la setlist, on retrouve également, puissamment réarrangées, les lointaines mélodies de «Va-t’en» (déjà joué au Jimmy en 1992, rappelle-t-il à ses plus fidèles soutiens?!), «Le métier de faussaire», «Exit» ou «Le commerce de l’eau». Résonnent aussi les singles de plus fraîche mémoire («Immortels», «Rendez-nous la lumière»), ainsi qu’un remake power-rock, presque funk, de «Cap Farvel», merveille orchestrale qui ouvrait en 2015 l’album Éléor.

Faire évoluer ses chansons est depuis longtemps l’une des marques de fabrique de Dominique A, qui le démontre encore lors d’un rappel en trois temps : l’apaisée «Éléor» et sa promesse de retrouvailles futures cède la place à un medley durant lequel «Le Twenty-Two Bar», le tube mal assumé, est peu à peu dévoré par l’incontournable «Courage des oiseaux», présenté cette fois-ci dans une version électro mid-tempo, tandis que les mains du public se lèvent.

Deux heures se sont écoulées. Les musiciens saluent la salle, s’éclipsent, puis reviennent offrir un dernier titre aux spectateurs : pièce de résistance de l’album Vers les lueurs, «Le convoi» se déploie comme un générique de fin, avec un Dominique A depuis longtemps rôdé, mais que l’on retrouve toujours plus habité par l’évidence de son art. Nous voilà amplement rassasiés, au moins jusqu’à la prochaine tournée, acoustique, annoncée pour l’automne 2018.

Live Report de Jéremy CHATEAU