ARNAUD FOURNIER MeL

INTERVIEW ARNAUD FOURNIER @ DIEGO ON THE ROCKS

INTERVIEW ARNAUD FOURNIER

Arnaud Fournier fait partie des musiciens qui ont une sacrée expérience ! A 50 ans, il a joué dans les groupes Hint, La Phaze et Dead Hippies, il est multi-instrumentiste et gère les concerts Européen d’Herman Dune. Malgré son planning de ministre et la sortie récente de son premier album solo « 100% Black Puzzle », il a pris le temps de répondre aux questions de Diego pour Musiques En Live à L’Inconnue de Talence.

Diego : Nous allons faire un bond en arrière de quelques décennies. Comment es-tu venu à la musique dans ta jeunesse ?
Arnaud : Le déclic est très précis. J’avais 9 ans et n’avais pas le droit de regarder la TV alors qu’il y avait un film sur Louis Armstrong. La rentrée suivante en CM1, j’étais inscrit aux cours de trompette ! Mon père jouait du piano, de l’harmonica et de la bombarde en tant qu’amateur. Le second déclic, j’étais en seconde et j’ai commencé la guitare électrique grâce au Velvet Underground et Sonic Youth. J’avais un groupe avant Hint et la machine s’est emballée. La trompette est le seul instrument que j’ai appris à jouer, pour les autres je suis autodidacte. Jeune, j’écoutais du hard-rock, Renaud, Lou Reed, les Thugs et les Young Gods !
Diego : Les Young Gods dont tu viens d’assurer la première partie… groupe légendaire des années 90 !
Arnaud : La première fois que j’ai joué avec eux, c’était il y a 30 ans. Un groupe créé en 1985. Ils sont en pleine tournée et vont programmer d’autres spectacles prochainement.
Diego : La bonne nouvelle ! Tu étais récemment avec Herman Dune en tant que manager. Comment se passe sa tournée ?
Arnaud : Bien ! Comme il y a 3 ans, il assure celle-ci en plusieurs phases et reviendra en 2026. Nous sommes potes, il vit à Los Angeles et est présent sur mon album solo pour un featuring, comme ma fille qui assure les choeurs et joue du tuba.
Diego : Y’a t’il un lien entre l’album « 100% White Puzzle » de Hint  et « 100% Black Puzzle » sorti le 17 octobre dernier ?
Arnaud : « 100 % White Puzzle » est le premier album de Hint publié il y a 30 ans et l’autre est mon premier album solo. C’est une histoire de « mood » créé pendant la Covid et le premier morceau lors de sa création était sans titre. Son évolution m’a renvoyé à l’ambiance avec Hervé (de Hint) 30 ans auparavant. Morceau long, non calibré pour la radio dans lequel on fait uniquement ce que l’on veut. Après 25 ans de La Phaze, je revenais dans l’axe intimiste noisy loin du style extraverti de mes autres projets. Comme une filiation. Même si Hint n’a rien publié d’original depuis 1998, il y a eu des rééditions, la tournée des 30 ans et une certaine activité. Concernant mon projet solo, j’ai proposé à Hervé d’y participer et il est crédité « Hint » car je joue du saxophone et il est aux modulaires.
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Diego : 5 ans d’attente entre la préparation de cet album et sa publication, tu es réellement débordé ?
Arnaud : Complètement ! Je tourne en permanence et suis sur plusieurs projets. Début 2021, j’ai tenté quelques concerts solos mais n’avais pas le temps. Ensuite, j’ai démarché des labels et des maisons de disques sans réponse positive. Un jour j’ai contacté Fred Oberland de Oiseaux-Tempête qui m’a conseillé de démarcher le label « Ici D’ailleurs ». Malgré mes réticences, mon projet leur a plu et le contrat fut signé. Je suis très heureux d’intégrer leur catalogue. Après on pourrait considérer que Dead Hippies ressemble à des projets solos car je monte le groupe puis appelle les copains pour finaliser. Malgré certaines sollicitations pour Hint durant la Covid afin de dépenser certaines subventions, j’ai créé mon projet solo. En 1 semaine, j’ai composé de quoi faire un concert. Celui que je propose aujourd’hui.
Diego : De plus ce disque estampillé Arnaud Fournier est amical et familial !
Arnaud : Oui car mes deux filles sont dans le projet, l’une musicienne et l’autre photographe. Mon frère est au son, Herman Dune, Fred Oberland et Hervé de Hint sont les invités.
Diego : Parle-moi du titre « It’s The Leaving That I’ll Kill You » et de son beau clip ?
Arnaud : Il a été filmé à Belle-Ile en Mer. C’est le QG de ma famille, un endroit magique. Le label voulait un clip en Espagne mais j’ai refusé car Dead Chic venait d’y tourner « Paris ». Le réalisateur est le fils du boss du label et l’acteur est mon voisin Nantais. Une équipe réduite, multitâche et familiale. Nous avons eu de la chance car il faisait moche et pour les images, c’était parfait !
Diego : Structurellement, n’y a t’il pas du The Cure dans tes morceaux ? Je m’explique : de longs cycles musicaux avec une certaine redondance et de grandes introductions.
Arnaud : Peut-être et merci ! C’est un compliment. Tu es le premier à me comparer à ce groupe mythique, je prends !
Diego : Par contre dans « Mirroirs », on s’imagine dans une bande originale de film !
Arnaud : C’est une confrontation enregistrée en « one-shot » avec Frederic Oberland. Nous avons le même set-up et nous sommes mis face à face pour jouer en improvisation avec mon frère qui enregistrait. Le résultat est un peu aride mais je le trouve magique. L’instinct a primé sur le premier enregistrement et nous n’avons pas retrouvé cette même énergie en tentant de le refaire, raison pour laquelle c’est un one-shot. Quelques séquences ont été retouchées mais c’est minimaliste, des bouts de saxophone et de trompette.
Diego : Et tu commences par quoi pour te lancer dans ce genre d’expérimentation ?
Arnaud : J’avais un rondement de basse et Fred avait des clochettes Tibétaines tout en restant dans la même gamme. Le morceau commence en majeur pour repartir rapidement en mineur, une erreur que nous avons conservée qui donne une couleur particulière. J’adore çà !

Diego : Côté live, comment as-tu vécu tes premiers concerts solo récents notamment en première partie des Young Gods ?
Arnaud : J’étais hyper stressé… j’ai joué en première partie de Bruit et de Young Gods avec de nouveaux titres. C’est un numéro d’équilibriste de se retrouver seul, tu es « à poil » ! Pour que cette musique soit communicative, il faut que je parte dans le trip rapidement afin de transmettre cette énergie. On ne peut pas faire semblant.
Diego : Et tu arrives à ne pas te perdre ?
Arnaud : J’ai des petites anti-sèches autour de mes instruments… celles-ci n’empêchent pas de se tromper  ! Le public a une grande qualité d’écoute et est très attentif.
Diego : Un public curieux et amateur ?
Arnaud : Oui. Il rentre dans le son sans s’esclaffer au bar durant la première partie. Je garde un très bon souvenir de ces prestations au Trabendo de Paris et au Ferrailleur de Nantes. Je n’ai pas encore eu le temps de démarcher les tourneurs mais quelques dates se profilent en 2026, je suis content.
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Diego : Et ton planning professionnel à venir ?
Arnaud : Je repars avec Herman Dune au printemps et Deportivo jusque fin août avec quelques festivals.
Diego : As-tu un rituel avant d’entrer en scène ?
Arnaud : On boit un verre de vin blanc avec mon frangin. Rester raisonnable est primordial car le conducteur de mon show nécessite une vigilance permanente.
Diego : Pour finir, quels sont les plus beaux concerts que tu as vécus en tant que spectateur ?
Arnaud : Y’en a beaucoup ! Tu peux trouver certaines dates dans l’édition limitée de mon vinyle incluant un fanzine de 16 pages ! Les meilleurs sont Fugazi que j’ai vu de nombreuses fois, le dernier concert à Nantes était dément. Les Beastie Boys à l’Olympia est un souvenir énorme tout comme le Velvet Underground lors de leur réformation à Paris en 1993. L’avant dernier concert des Lyonnais de Deity Guns, les Américains de Caspian il y a une dizaine d’années et plus récemment un groupe de post-métal Belge qui s’appelle Amenra. Très dark, on a joué avant eux avec Hint aux Francopholies de La Rochelle, c’était superbe !
Diego : Merci Arnaud, bonne année 2026 et plein de concerts !
Arnaud : A bientôt.

 
  • Remerciements : Arnaud pour sa sympathie
  • Photos : Rarolin / Herman Dune / Diego 
  • Relecture : Jacky G.