
INTERVIEW GRÉGOIRE @ DIEGO ON THE ROCKS
INTERVIEW GREGOIRE
Révélé par le site My Major Compagny en 2008 avec son single « Toi + Moi », l’auteur-compositeur-interprète Grégoire mène sa carrière avec succès et a publié 7 albums originaux. En janvier 2024 sort « Vivre », nouveau disque exaltant la vie et invitant l’auditeur à se poser les bonnes questions existentielles.
L’artiste qui sera en concert au Casino Barrière de Bordeaux le 3 avril 2026 a accepté de répondre aux questions de Musiques En Live. Merci à Elise qui gère la communication de la salle ainsi qu’à Chloé, chargée de projets et marketing pour LP Productions.
Diego : Ta tournée plutôt intimiste a commencé en novembre dernier. Comment se sont passées les premières dates ?
Grégoire : Très bien. Les gens sont au rendez-vous et c’est un plaisir de retrouver les salles que je connais grâce à mes tournées précédentes.
Diego : En 20 ans de carrière, qu’est ce qui différencie ce spectacle des autres ?
Grégoire : C’est une tournée particulière car je conte une histoire sur la résilience. Je parle d’un petit garçon qui a un rêve et qui va franchir les épreuves pour arriver à ses fins. Malgré une vie compliquée, il passe de moments légers aux instants beaucoup plus lourds émotionnellement en peu de temps. Des rires aux pleurs, les premiers retours des spectateurs sont unanimes, la vie est belle ! Une comédie romantique qui engendre plusieurs réactions permettant un parallèle entre le quotidien des gens et celle de l’artiste que je mets en perspective.
Diego : En parfaite adéquation avec ton album « Vivre » publié en 2024 ! Ce disque est moins électro-pop que « Expériences » sorti en 2018 ?
Grégoire : Tout a fait. Je suis revenu sur un standard piano-voix / guitares avec des arrangements plus simples. Nous sommes un trio pop-folk-acoustique et nous performons dans des salles assises permettant de mettre les textes en avant. Mes compères sont Octave à la batterie et Benjamin au piano/guitare.
Diego : Le titre « Vivre » est un hymne à la joie ?
Grégoire : A la joie et à la résilience ! Il ne faut pas subir sa vie mais penser aux victoires que l’on obtient face à certaines épreuves. « Vivre sans être de tous ces gens qui meurent bien avant de mourir » est un passage important du texte.
Diego : Une chanson comme « Seul Dans La Cour » est-elle une histoire vécue et finit-elle mal ?
Grégoire : C’est voulu qu’il n’y ait pas de fin. Le harcèlement est un sujet difficile, j’ai eu la chance de ne pas y être confronté mais lorsqu’on regarde dans le rétroviseur, avons-nous été sympas avec tout le monde ? A 10/12 ans, l’effet de groupe fait parfois des ravages.

Diego : Qui n’a pas fait de conneries dans son adolescence ?
Grégoire : Raison pour laquelle dans la chanson je me prends à partie. A t’on conscience des phrases que l’on sortait dans notre jeunesse et de leur impact ? Y’a t’il eu des répercussions ? Parfois les mots sont plus violents que les coups. A l’époque des réseaux sociaux, tout est diffusé. Comment peut-on avoir envie de se donner la mort à cet âge là ? J’avais le sentiment que le suicide était un souci qui concernait les adolescents mais pas les enfants. Ça me choque. Mika et Maëlle en ont fait des chansons très touchantes. S’exprimer à ce sujet permet de renverser la vapeur à l’encontre des auteurs.
Diego : Un autre titre m’a fait penser au mouvement des #gueux d’Alexandre Jardin. « Une Trace d’Amour » parle des gens en marge. Me trompe-je ?
Grégoire : Effectivement j’aime l’idée d’Alexandre Jardin et j’ai le sentiment qu’un truc gronde dans notre société. Beaucoup de Français se taisent mais si un jour ils se réveillent, ça peut bouger. Certains bulletins dans les urnes représentent les révoltés et la colère amène à voter dur, à gauche comme à droite. La radicalité est un fait. « Trop bons, trop cons » pour des gens qui font beaucoup. Je pense aux pompiers et à la police qui font un travail quotidien difficile et dont on ne parle qu’en cas de problème ! Comme le dit l’animateur Fréderic Lopez, il n’y a jamais d’annonce pour dire qu’un train arrive à l’heure ! On retrouve les mêmes pensées avec la religion qu’on ne cite que lorsque cela ne va pas !
Diego : Le point de rupture n’est peut-être pas loin !
Grégoire : Le récent mouvement des agriculteurs le prouve. Tous les pays du monde sont concernés.
Diego : Autre sujet difficile, j’imagine que « Chanson Pour Un Enterrement » doit avoir une place particulière dans ton spectacle. Est-ce que la foi est un élément essentiel de ta vie ?
Grégoire : C’est toujours un sujet compliqué. J’ai mis en musique des poèmes de Sainte Therèse de Lisieux et fait des spectacles sur Bernadette Soubirous qui sont des personnages admirables. Les projets m’ont convaincu sans que la religion soit primordiale dans ma décision. L’espérance est importante et tenter d’avancer en faisant de son mieux sont mes leitmotivs. Effectivement, il y a une forme de spiritualité mais lorsque Coluche crée les Restos du Coeur, c’est également très spirituel. J’ai la sensation que les gens qui partent restent en communication avec nous, sans ritualité nécessaire. J’ai mon rapport personnel avec « Dieu » sans l’imposer à qui que ce soit.
Diego : Je me retrouve dans tes mots et c’est de l’ordre de l’intimité !
Grégoire : Exactement.
Diego : Tu seras en concert le jour de tes 47 ans à Bordeaux, le 3 avril prochain au Casino Barrière de Bordeaux. Elle est sympa ta vidéo promotionnelle spéciale « Bordeaux » publiée sur tes réseaux !
Grégoire : Merci ! J’aime le sud-ouest car ma femme est originaire du Gers. Mon père demeure en Dordogne et je connais bien Bordeaux. Nous sommes passés en début de tournée au Rocher de Palmer à Cenon et le principe des mini-vidéos est très amusant.
Diego : Quelques mots sur Goldman que je considère comme « à part » dans la chanson Française. Comment est né le titre « La Promesse » publié en 2011 en duo avec Jean-Jacques ?
Grégoire : Je voulais écrire sur la solidarité tout en pensant aux résistants. « La Promesse » parle de compagnons, d’amis de jeunesse et cette chanson plait aux scouts et a été chantée aux Enfoirés. Je souhaitais faire un duo avec Jean-Jacques et lui ai envoyé un mail baptisé « Idée Folle » lui proposant ce partenariat. Il a gentiment accepté, sans promo ni clip pour respecter son retrait médiatique. Il m’a fait confiance sur le texte et la musique et je lui ai fait parvenir cette chanson composée quelques jours auparavant, sans nécessairement penser à lui.
Diego : Jean-Jacques ayant été scout, cela a peut-être motivé son choix !
Grégoire : C’est vrai. Je sais qu’il est fan de « Brothers in Arms » de Dire Straits et le thème de la résistance le touche. La guerre révèle les personnalités et l’habit ne fait pas le moine !
Diego : Sa tournée « Rouge » en était un bon exemple en 1994 ! Tes titres préférés de Goldman sont lesquels ?
Grégoire : « Confidentiel », « Je Ne Vous Parlerai Pas d’Elle », « Puisque Tu Pars » et « Né en 17 ». D’après moi, « En Passant » est son meilleur album.
Diego : As-tu un rituel avant de monter sur scène ?
Grégoire : Uniquement se prendre dans les bras avec mes musiciens.
Diego : Pour finir, Quels sont les meilleurs concerts que tu as vécus en tant que spectateur ?
Grégoire : Y’en a pas mal et sans hésiter, Eagles à La Sphère de Las Vegas en octobre 2024. Incroyable ! Egalement Paul McCartney car j’adore les Beatles, Roger Waters pour « The Wall » à Bercy en 2011. La narration est excellente et le visuel du mur dingue. Je dois citer Elton John qui est l’artiste que j’ai vu le plus souvent en live. Mon premier était au Zenith de Paris avec Ray Cooper aux percussions, cela devait être en 1994 et j’avais 16 ans.
Diego : As-tu vu U2 à La Sphère de Las Vegas pour comparer avec Eagles ?
Grégoire : Oui. J’ai préféré Eagles car U2 à inauguré la salle et ils ont essuyé les plâtres. Cette salle est comme La Géode en beaucoup plus grand. U2 avait quelques chansons mises en « tableaux visuels » mais pas l’intégralité du concert. L’illustration concernait une dizaines de titres. Néanmoins le show était super. Je suis impatient d’y voir un jour Beyoncé ou The Weekend.
Diego : Merci beaucoup Grégoire et on se retrouve en avril au Théâtre Barrière !
Grégoire : Avec plaisir.
- Remerciements : Elise du Casino BARRIERE / Chloé de LP PRODUCTIONS
- Photos : Florent DRILLON
- Relecture : Jacky G.