
INTERVIEW LAURA VEIRS @ DIEGO ON THE ROCKS
INTERVIEW LAURA VEIRS
L’autrice-compositrice-interprète Américaine LAURA VEIRS a publié une douzaine d’albums depuis 1999 et son dernier disque « live » a été enregistré à Angoulême. Avec la complicité d’Euterpe Promotion, Musiques En Live a pu interviewer la punk-géologue avant son concert à Bordeaux programmé le 3 février 2026 au théâtre Barbey. Un grand merci au chanteur-guitariste de CCQUEEN et à Nathan, tous deux à l’origine de ce projet.
Diego : Tout d’abord, pourquoi ce choix de publier un album « live » (sorti en octobre 2025) enregistré à Angoulême ?
Laura Veirs : Il y a 17 ans, j’avais collaboré avec le professeur de musique local Patrice Cleyrat pour un EP que nous avons enregistré avec une chorale d’adolescents baptisée « Young Rapture Choir ». Quand Patrice m’a proposé de retravailler avec ses nouveaux choeurs sur ma musique et qu’il envisageait un concert, j’ai décidé que ce serait génial d’aller les voir pour se produire ensemble. Nous avons eu la chance d’enregistrer directement à « La Nef » d’Angoulême qui avait du matériel et une scène magnifique installés avec des ingénieurs très compétents. Le public était très excité, principalement composé de parents mais aussi de certains fans venus spécialement pour l’occasion. Je sentais d’après les démos de Patrice que l’enregistrement de l’album serait efficace, ce fut le cas ! J’ai adoré chanter et jouer avec la chorale et suis reconnaissante que nous ayons pu capturer une performance très spéciale et sincère. J’ai hâte de jouer à nouveau avec eux fin janvier et début février 2026 à Paris et Bordeaux.
Diego : Quel retour d’expérience faites-vous de vos 30 ans de carrière ?
Laura Veirs : Je me sens reconnaissante d’avoir pu continuer une carrière musicale saine cette période. Je viens de terminer l’enregistrement de mon 14e album en mode « Do It Yourself », ce qui était très satisfaisant parce que j’ai externalisé certaines phases comme la production et les arrangements. C’était vraiment amusant de m’asseoir dans mon nouveau studio et d’enregistrer toute seule avec deux micros (j’ai eu un guest pour les parties au saxophone.) J’ai de la chance d’avoir fidélisé un public à travers le monde. J’ai l’impression d’être au milieu de ma carrière et d’avoir encore une tonne de musique, d’art, d’écriture et d’idées à partager au fur et à mesure que ma vie se déroule…

Sonakid : Quels liens avez-vous avec le public Bordelais ?
Laura Veirs : Cela fait quelques années que je n’ai pas tourné en France et honnêtement je ne me souviens pas de ma dernière prestation Bordelaise. J’ai eu plus d’opportunités de tourner au Royaume-Uni et aux États-Unis, bien que j’aime la France et j’aimerais pouvoir y revenir plus souvent. Pour ces raisons, je suis heureuse de jouer à nouveau. J’ai aimé passer du temps à Angoulême il y a quelques années avec la chorale ainsi qu’en 2025. J’ai souvenir de balades à vélo à travers la France pour fêter mes 50 ans en 2023 avec deux autres amies américaines. Nous avons pédalé de Paris au Mont Saint-Michel pendant cinq jours et je me souviendrais toujours des nombreux souvenirs heureux de ce périple !
Sonakid : En 2010 dans votre album « July Flame », vous avez enregistré « Sleeper in the Valley », un poème d’Arthur Rimbaud que j’ai également eu l’occasion d’interpréter à Chicago. Quel est votre lien avec ce poème ?
Laura Veirs : C’est vraiment cool que tu aies traduit cette chanson pour ta prestation solo ! J’aurais aimé y assiter ! Concernant Rimbaud, j’aime sa poésie depuis mes 20 ans. Elle est si belle et si frappante. Quand j’ai lu son poème « Sleeper in the Valley », j’ai été directement inspirée pour écrire la chanson en imaginant la scène d’un soldat perdu à la guerre. J’aime aussi vraiment son récit « Novel » sur l’intoxication autour de la jeunesse.
Sonakid : Vous êtes une multi-instrumentistes de talent. Combien avez-vous d’instruments ?
Laura Veirs : Merci pour le talent ! Je ne compte pas mes instruments mais j’ai principalement joué du banjo, du piano, de la guitare et des harmonies chantées sur mes autres albums. Pour le prochain prévu en 2026, je joue de la guitare électrique dont certaines en technique « fingerpicking ». Egalement de la basse, de la batterie et des percussions. Certaines des chansons sont très denses et luxuriantes mais la majorité d’entre elles sont centrées autour de ma guitare « fingerpicking » avec quelques couleurs électriques en fond sonore.
Diego : Un sujet qui vous tient à coeur, quelle importance ont les groupes féministes aux Etats-Unis ?
Laura Veirs : Les groupes féministes sont importants aux États-Unis d’autant plus que les menaces sont grandissantes. Je remercie toutes les personnes sur le terrain qui travaillent pour s’assurer que l’avortement reste légal et que les droits des personnes LGBTQ soient protégés. J’écris définitivement de la musique d’un point de vue féministe. J’ai été fortement influencée par les Riot Girls (en particulier Bikini Kill) au milieu des années 90 lorsque j’ai commencé ma carrière. Je continue à suivre leur parcours et leur éthique de soutien communautaire et de collaboration. Je suis contente de les avoir rencontrées à mes débuts puisqu’elles partagent toujours une philosophie qui rejoint mes pratiques commerciales actuelles (posséder et gérer son propre label discographique dans le monde entier et garder le contrôle des droits de ses chansons) et mon art (apprendre à m’enregistrer, écrire des chansons, gérer les arrangements, la production, l’ingénierie et le montage).
J’aime aider les jeunes femmes musiciennes et j’enseigne via des ateliers dédiés et des cours particuliers sur Zoom. Cela me donne l’impression de pouvoir partager une partie de la sagesse que j’ai acquise au fil des années.
Diego : Avez-vous un rituel avant d’entrer en scène ?
Laura Veirs : J’aime m’allonger sur un canapé et en quelque sorte siester ! J’envisage les blah-blah que je vais partager entre les chansons. C’est plus difficile quand je suis en France car je ne maitrise pas votre langue mais j’aime penser à mes plaisanteries à l’avance et aussi regarder la première partie avec un verre de vin à la main !
Sonakid : Quel est votre programme en 2026 ?
Laura Veirs : Je serai en tournée en France en janvier/février 2026. Ensuite mon prochain album sortira le 7 août sur mon propre label Raven Marching Band. Actuellement, je gère sa future promotion. Je serai en tournée pendant 2 à 3 semaines au Royaume-Uni et en Europe en septembre, puis 2 à 3 semaines aux États-Unis en octobre 2026. Je jouerai en duo avec mon vieil ami et collaborateur Karl Blau qui ouvrira également tous les spectacles. Je vais également publier quelques vidéos prochainement.
L’album s’appelle « Temple Songs » parce qu’il a été enregistré dans mon studio baptisé le « Temple of Bloom » (en référence à Indiana Jones, le « Temple of Doom »). Je suis vraiment heureuse avec ce disque car c’est la première fois que je prends toutes les décisions importantes. Pour moi, cela semble très humain de publier un album que j’ai envie d’écouter et de partager. J’ai adopté la philosophie japonaise de « wabi sabi » (la beauté de l’authenticité et de l’imperfection) tout au long du processus de création. Je n’ai pas écrit de chansons pendant plusieurs années (par manque d’inspiration) et revenir aux travaux musicaux fut bénéfique. Un vrai mystère de composition ! J’ai hâte de partager ma nouvelle musique avec tout le monde en concert !
Diego : D’ailleurs en parlant de concerts, quels sont vos plus beaux spectacles vécus en tant que spectatrice ?
Laura Veirs : J’aime tous les concerts de Juana Molina et de Khruangbin au fil des tournées ! J’ai aussi adoré voir Jose Gonzalez plus récemment. En 2025, j’ai trouvé énorme le concert de Floating Points à San Francisco. Un mélange de one-man-show et de spectacle visuel unique.
Diego & Sonakid : Merci Laura ! On se retrouve en février à Bordeaux !
Laura Veirs : Merci à vous.
- Remerciements : Nathan d’EUTERPE PROMOTION / SONAKID de CCQUEEN
- Photos : Promotion officielle