TC MeL

INTERVIEW THIBAULT CAUVIN @ DIEGO ON THE ROCKS

INTERVIEW THIBAULT CAUVIN

Thibault Cauvin, 41 ans, a plusieurs cordes à son arc ! Outre celles de ses guitares qu’il maitrise avec brio, il est Bordelais, a remporté plein de prix internationaux le récompensant de son talent et s’avère très sympathique en interview. Toutes ces bonnes raisons font que notre reporter a passé un agréable moment en sa compagnie afin de promouvoir la sortie de son album « Alter Ego » et son futur passage au Pin Galant de Mérignac le 22 avril prochain.

Diego : Quelles sont les sensations pour un globe-trotter comme toi de rentrer à la maison sur Bordeaux ?
Thibault Cauvin : Je reviens peu et c’est un enchantement de revoir ma ville. Elle évolue, s’embellit et est dynamique, j’en reste amoureux même si j’y reviens rarement. A ce jour, j’ai voyagé dans 130 pays avec ma guitare et une petite valise donc autant dire que j’aime y retourner.
 
Diego : Un vrai troubadour qui a une vie qui fait rêver… n’est ce pas lassant ?
Thibault Cauvin : Tu as envie de poser tes valises et actuellement je suis plus sur Paris qu’ailleurs. Ce nouveau disque est un récit de tous ces voyages passés.
 
Diego : De mémoire dans ton premier album de 2012, tu rendais hommage à ta ville avec « Guitar-city » ?
Thibault Cauvin : Oh oui ! Cela me fait plaisir que tu en parles ! L’un de mes premiers disques qui parlait de voyages sur le thème des villes. Le premier comprenait des compositions de mon père, le volume 2 comprenait des invités comme Erik Truffaz, Didier Lockwood ou Matthieu Chedid. Le concept était de raconter les endroits, aujourd’hui je raconte les gens !
 
Diego : Même si je sais que tu es issu d’une famille musicale, qu’aurais-tu fait si tu n’avais pas été guitariste ?
Thibault Cauvin : J’aurais bien aimé avoir un restaurant alors que je ne sais pas faire cuire un oeuf ! J’adore l’ambiance pour y accueillir des gens. J’aime le monde et on retrouve l’ambiance des concerts dans les restos, un petit côté festif. Une cuisine Française. A Bordeaux, j’adorais le « Port De La Lune » qui existait dans les années 90 !
 
Diego : Le comptoir du jazz qui a fermé il y a plus de 10 ans ! Quel retour d’expériences fais-tu de ta collaboration avec M pour l’album « L’Heure Miroir » ?
Thibault Cauvin : Un vrai bonheur ! Une fraternité durant 1 an et demi. Même si notre collaboration semble évidente au final, ce n’était pas le cas au départ. Matthieu ne sait pas lire la musique et moi je ne sais pas improviser ! Nous étions différents et avons créé un univers commun musical.
 
Diego : Artistiquement parlant, vous avez un profil similaire : toujours un disque et une tournée en cours ! Jamais de pause !
Thibault Cauvin : Complètement. Un miracle que nos planètes se soit alignées, d’où le nom de l’album « L’Heure Miroir ». C’est lui qui a trouvé le titre et il est parfait.
 
IMG 3872
Diego : Pour revenir sur tes dernières publications, quelles corrélations trouve-t’on entre ton bouquin « Alter Ego » et le disque du même nom ?
Thibault Cauvin : C’est une aventure commune. Le voyage est dans ma vie autant que la musique et j’adorais les grandes villes comme New York et Hong Kong. Ensuite je suis passé aux paysages d’Afrique et aux différentes cultures. Au fil des ans, ce sont les rencontres qui deviennent importantes et j’adore celles qui sont éphémères. Quelqu’un que tu ne connais pas, que tu ne reverras pas, sans histoire ni projet commun mais qui va te marquer. Une authenticité instantanée. J’ai rassemblé les 15 qui m’ont le plus bouleversées et me suis mis à l’écart sur l’ île Italienne de Salina dans une maison pour écrire ces récits. La suite logique du roman était l’album. Tous les chapitres du livre sont des prénoms comme sur les pistes du disque. De « Sabbir » à « Julia » en passant par « Wong » et « Leila ».
 
Diego : La musique est venue en écrivant le roman ?
Thibault Cauvin : Dans ma tête ! Même si celle-ci a été enregistrée après, j’avais les textures et les ambiances. Il s’agit d’un projet complet en 3 temps, le livre, l’album, la tournée. Tout est réel, ces gens je n’ai jamais revus et ne savent pas qu’ils sont l’inspiration de mon album ! Un marchand de temps à Ouagadougou, une fleuriste à Rio, une aventurière à Valparaiso ou un chauffeur de taxi à Hong Kong rencontré il y a 20 ans. Je trouve cela très humain car je ne suis pas lié à ces gens, ni dans l’histoire ni dans le futur.
 
Diego : Des rencontres comme on a tous vécu ! Donc il pourrait facilement y avoir un volume 2 !
Thibault Cauvin : Complètement ! Je voyage seul et vais vers les gens comme au fin fond de l’Afrique dans un vieux rade où tu rencontres des gens très atypiques !
Diego : Dans ce volume 2 tu pourrais composer une chanson sur un journaliste sympa rencontré furtivement en interview à Bordeaux !  (rires)
Thibault Cauvin : (mort de rires) Exactement !
 
Diego : Dans ta discographie d’une quinzaine d’années, c’est la première fois que tu poses sur disque des enregistrements avec ton père Philippe et ton frère Jordan également guitaristes ?
Thibault Cauvin : Oui. C’est mon 12ème album mais c’est la première fois que nous partons d’une page blanche. Habituellement je rends hommage à Bach, Vivaldi et d’autres grands compositeurs, pour « Alter Ego » mon frère a composé et nous avons enregistré sur l’île Norvégienne de Giske en juin dernier. L’ingénieur du son est l’Anglais David Wrench, un cador du genre habitué aux grandes productions pop avant-gardiste. Il a mis son service et ses talents pour une petite guitare avec quelques amplis.
 
Diego : Sur scène tu joueras seul ?
Thibault Cauvin : Oui, avec l’aide de quelques percussions au pied. J’ai également intégré une voix discrète, une « Ode à La Naïveté ».
 
Diego : Pour les novices, quelle importance a eu Léo Brouwer dans la guitare classique ? Tu lui as dédié un album en 2020.
Thibault Cauvin : C’est un des grands compositeurs vivants de l’histoire qui a révolutionné la guitare en composant des chefs d’oeuvre et repoussant les limites de cet instrument. Comme Chopin, Schubert et Debussy resteront, Brouwer restera et il est vivant ! J’ai adoré ce disque et l’ambiance Cubaine. J’aime raconter ces histoires entre deux chansons et l’échange avec le public est nécessaire.
 
Diego : D’ailleurs quelle différence y a t’il entre un virtuose et un très bon guitariste ?
Thibault Cauvin : Il y a plusieurs degrés de bons guitaristes qui, s’il ne sait pas faire d’une telle manière, fera différemment par obligation. Un virtuose n’a plus de problème technique et ses choix sont réels sans influence. Il a un vocabulaire infini et sait tout faire. Ensuite la dernière étape est le discours, qu’as-tu à dire ? Si tu es très fort mais que tu n’as rien à raconter, c’est inutile. Parfois, vaut mieux un grand poète qui n’est pas un virtuose !
 
Diego : En parlant de poètes, à part Gainsbourg, Françoise Hardy, Aznavour et Christophe, quels artistes français et étrangers t’accompagnent depuis toujours ?
Thibault Cauvin : Matthieu bien sur ! J’adore sa musique depuis toujours car il est très inspirant et créatif. Côté guitaristes, Jimi Hendrix, Paco de Lucia et Django Reinhardt sont des héros et des virtuoses. Ils créent des univers différents et t’invitent dans leur monde.
 
IMG 3875
 
Diego : Thomas Dutronc est un excellent ambassadeur du jazz manouche !
Thibault Cauvin : Je l’adore, il a son monde. Dans les claques récentes que j’ai prise, il y a l’Espagnole Rosalía qui vient de sortir un album énorme !
 
Diego : Y’a t’il des rencontres que tu n’as pas faites ?
Thibault Cauvin : Plein ! J’ai collaboré très peu avec certains milieux comme le rap. La semaine dernière, j’ai fait un morceau avec Youssoupha et ça marchait de ouf sur une chanson de Balavoine ! J’adore les rencontres atypiques. Même chose avec Thylacine qui fait de l’électronique. Je suis ouvert pour l’univers du rap qui est un des rares que je n’ai pas sillonné…
 
Diego : As-tu un rituel avant de monter sur scène ?
Thibault Cauvin : Oui, je suis très speed donc j’ai besoin de me poser seul 1 heure avant. Je me recentre, prends du temps pour m’habiller et ralentis le temps. Avec Matthieu c’était terrible car j’aime le prévu et lui aime l’imprévu… il changeait les plans au dernier moment ! Nous avons une chanson qui s’appelle « Sur Nos Coeurs Métissés » avec des parties très écrites de guitares qui ressemblent à du classique. Si tu changes une note, le jeu diffère et Matthieu a joué le jeu pour être techniquement à niveau. A contrario, il m’a appris le groove et nous étions dans l’échange et la complémentarité.
 
Diego : Pour finir, quels sont les plus beaux concerts que tu as vécus en tant que spectateur ?
Thibault Cauvin : L’un d’eux qui n’ai pas un concert et aurait pu faire partie de « Alter Ego » est arrivé au Mexique. Je passais plein de concours de guitare au Yucatan à la recherche de l’excellence, un vieux papy enrobé jouait sur une place avec une guitare pourrie et j’ai trouvé ça extraordinaire ! Son style plutôt moyen m’a foudroyé et j’ai trouvé cela merveilleux, cela a changé mon chemin, comme un cap différent te faisant revenir vers les gens. Pour les vrais concerts, le groupe Magma qui envoute la foule. En Afrique, des concerts de Jazz et musiques du monde. Récemment, j’ai trouvé Beyoncé énorme et ai découvert le jazzman Adrien Soleiman sur une scène Parisienne très branchée.
 
Diego : Merci beaucoup Thibault. On se voit en avril pour ton concert !
Thibault Cauvin : Avec plaisir, merci.
 

 
  • Remerciements : Nathan d’EUTERPE PROMOTIONS
  • Photos : Julie G.
  • Relecture : Jacky G.