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INTERVIEW WHILE MY GUITAR GENTLY WEEPS @ DIEGO ON THE ROCKS

INTERVIEW WHILE MY GUITAR GENTLY WEEPS

Le metteur en scène et réalisateur Renaud Cojo a créé le spectacle « While My Guitar Gently Weeps » pour réunir 9 artistes français qui présentent tour à tour un album majeur de leur vie personnelle ou musicale. Ainsi, Barbara Carlotti, Françoiz Breut, Jil Caplan, Emilie Loizeau, Mathieu Lescop, Bastien Lallemant, Mathias Malzieu, JP Nataf et Fredrika Stahl étaient réunis le 16 janvier 2026 au Rocher de Palmer pour un show innovant. Ce spectacle s’est conclu par un concert de 45 minutes.

Notre chroniqueur Diego a rencontré Renaud ainsi que Barbara Carlotti et Mathias Malzieu pour parler de ce projet. Une école de commerce, d’administration et d’accueil de Cenon était également présente lors de cet échange et a posé quelques questions qui sont retranscrites ci-dessous. 

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PREMIÈRE PARTIE AVEC RENAUD COJO

Diego : Ce spectacle est-il la suite logique de Passion Disque / 3300 Tours et de Discotake ?
Renaud Cojo : Discotake est un festival créé en 2019 au Grand Parc de Bordeaux réunissant des artistes autour de la transmission de la musique populaire à travers diverses performances. Il concernait les gens du théâtre qui présentait un album important nourrissant leur passion. Le concept consistait à jouer l’intégalité d’un album. Passion Disque / 3300 Tours est une alternative similaire avec des amateurs qui se racontent à travers un disque de leur discothèque intime. Comme un album « doudou » qui renvoie à une histoire personnelle, tendre ou autre et il ne faut en choisir qu’un ! Nous avons joué 15 fois sur le territoire national et j’ai eu envie d’adapter ce spectacle avec des professionnels de la musique. L’histoire est de parler de soi et de proposer une deuxième partie sous forme de concert. Durant 2 heures, les artistes parlent, font écouter leur chanson préférée et après ils jouent live.
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Diego : Comment ont été choisis les protagonistes ?
Renaud Cojo : Cela a été compliqué car je voulais mélanger les générations. Par exemple j’avais approché Dave, Lio et Sheila. Au final, les artistes que tu vas voir ce soir étaient disponibles sur plusieurs dates.
 
Diego : Pour eux est-il facile de se raconter ?
Renaud Cojo : Ce ne sont pas des acteurs et il faut casser se savoir faire. Ils se livrent complètement, j’ai mis en place ce concept depuis 7 ans et ils sont accompagnés. Il n’y a aucun texte et ce n’est que de l’instinctif. Une fois la démarche bien expliquée, ils étaient tous partants !
 
Diego : Les concernant, n’est-ce pas un retour à l’adolescence ?
Renaud Cojo : C’est souvent le cas, parfois même à l’enfance pour Emily qui conte Brassens. Lescop parle des Doors qui ont bouleversé son adolescence et JP a découvert West Side Story à l’âge de 3 ans !
 
Diego : Étant fan de Bowie, pourquoi ce spectacle s’appelle « While My Guitar Gently Weeps » en référence aux Beatles et pas « Heroes » ?
Renaud Cojo : Parce que cette chanson très connue de George Harrison parle de ça ! Les sentiments que peut évoquer la musique, la puissance mémorielle. Les disques présentés sont souvent héroïques malgré tout !
 
Diego : Un jeune de 20 ans qui souhaite découvrir Bowie, tu lui conseilles quel disque ?
Renaud Cojo : Probablement les 3 suivants : « Hunky Dory » de 1971, « Diamond Dogs » de 1974 et « Low » de 1977. Pour ce dernier, c’est la période électro où Bowie est très mal dans sa vie et expérimente avec Brian Eno.
 
Diego : D’ailleurs pourquoi les artistes font-ils souvent des chefs d’oeuvres lorsqu’ils ne sont pas bien ?
Renaud Cojo : Parce que la dépression nourrit l’expression artistique qui amène l’humain à aller directement vers l’essentiel !
 
Diego : Quels sont tes plus beaux concerts de Bowie ?
Renaud Cojo : Je l’ai vu 37 fois. Je garde un souvenir incroyable de l’Elysée Montmartre en octobre 1999 pour l’album « Hours… » car il était décontracté comme jamais. La première fois que je l’ai vu c’était en 1983 pour le « Serious Moonlight Tour ».
 
Diego : A part Bowie et De Funès, qui sont tes chanteurs préférés ? (rires car Renaud a créé le spectacle « Pour de Funès » en 1998)
Renaud Cojo : (mort de rire) Je suis très éclectique ! Lou Reed, Leonard Cohen. J’ai partagé une loge avec Iggy Pop en 2008 lors d’un festival.
 
SECONDE PARTIE EN PRÉSENCE DE BARBARA CARLOTTI ET MATHIAS MALZIEU
 
Diego : Pour faire un retour sur vos carrières, comment êtes-vous arrivés dans le monde musical ?
Barbara Carlotti : Dans ma jeunesse, il y avait un piano à la maison et j’ai commencé à reprendre les chansons des autres avec mes copains de lycée. C’était une émulation collective, entre potes qui adorent la musique et qui avaient envie de faire quelque chose. Après le bac, j’ai su que c’était ma voie, j’ai pris des cours pour développer mes connaissances malgré la réticence de mes parents qui pensaient qu’on ne pouvait pas en vivre ! J’ai fait mes preuves auprès d’eux avec une notion de rassemblement, de partage, d’harmonie et de collectivité.
Renaud Cojo : Autrefois, nous nous rassemblions pour faire des choses ensemble, créer. J’ai le sentiment que cela existe moins aujourd’hui.
Mathias Malzieu : En fait, j’ai commencé grâce à une blessure qui m’a empêché de faire du foot et du tennis ! Ma soeur voulait jouer du piano et nous avions une guitare à la maison. A cette époque, j’ai découvert le cinéma, la littérature et la musique, sans rêver d’en faire moi-même. Avec l’aide d’un voisin et cette blessure qui m’empêchait toute activité sportive, j’ai appris la guitare. N’étant pas passionné par les reprises malgré mon penchant pour le punk/rock, j’ai composé mes chansons. On a fait un groupe avec mes potes sans ambition particulière. Beaucoup d’erreurs mais énormément de joie, de partage et de passion. Ensuite j’ai fait une fac de cinéma et tous les samedis après-midi, nous avions répétitions à 14h avec mon groupe. Un sentiment excitant qui t’amène à prendre la décision d’en faire un métier. Nous ne sommes pas programmés pour faire ou ne pas faire, la vie est jonchée d’accidents que l’on saisit ou pas.
 
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Diego : Quelles ont été vos motivations principales ?
Barbara Carlotti : En priorité, la passion. Quoiqu’il arrive, on continue. Je faisais du piano avec mon cousin et nous reprenions maladroitement des chansons de John Lennon. Dans mes amis, beaucoup étaient intéressés par la musique, que ce soit en amateur ou en professionnel et c’est un univers commun. J’étais joyeuse malgré ma timidité et cela développait ma façon de communiquer avec les autres. On trouve sa place, j’ai essayé le jazz puis j’ai écrit mes propres chansons. Cela devenait ma façon de m’exprimer avec un espace dédié en étant à l’aise. Ensuite, les rencontres sont importantes. D’un ami vers un autre, d’une chanson à un autre titre, la passion s’anime et c’est vertueux !
Mathias Malzieu : C’est comme sur un terrain de foot, si personne ne tire, il n’y aura pas de but ! Parfois on tire à côté, parfois on perd, on y arrive pas mais on a une passion, le jeu. On s’amuse et c’est pareil en musique, la joie devient un métier et en plus on transmet aux autres parfois sans se prendre au sérieux. Cette motivation est extraordinaire, que ça aille ou pas. Lorsqu’on devient un artiste, on fabrique un avatar de soi-même avec lequel on s’amuse. C’est comme une drogue car on est curieux de connaitre la suite de l’aventure. Que va t’il m’arriver après ce disque, après cette collaboration ?
 
Diego : Ne peut-on pas en être dégoûté ?
Mathias Malzieu : Non même si parfois la logistique et certains aspects périphériques sont difficiles. Comme d’autres métiers, ce n’est pas évident et le côté administratif est lourd. D’où l’utilité de se rappeler pourquoi on est là !
Barbara Carlotti : La vie d’artiste est jonchée de disques qui fonctionnent plus ou moins bien. Un échec vis à vis du public amène un doute que l’entourage professionnel nous fait comprendre. C’est naturel de se remettre en question. Avec le temps, on essaie telle ou telle chose ! Comme le dit justement Mathias, certaines ont un sens à un instant T de notre vie. Nous avons besoin de cet espace et on fini par retrouver les raisons fondamentales d’expression musicale. Il m’arrive de ne pas composer durant 3 ans et cette pratique manque. C’est un équilibre, parfois fluctuant et en perpétuelle métamorphose. On ne peut pas toujours être à 100%. Les rencontres font naitre les envies et les idées.
Mathias Malzieu : Exactement ! D’ailleurs le philosophe Nietzsche disait « Ce n’est pas le doute qui rend fou, c’est la certitude ». En tant qu’artiste, il faut tout le temps douter pour ne pas devenir fou !
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Diego : Avez-vous d’autres activités en dehors de la musique ?
Barbara Carlotti : Je suis écrivaine et fais des émissions de radio sur France Inter et France Culture. Une autre façon d’utiliser sa voix avec des techniques différentes en touchant un autre public. J’ai également écrit un film sous forme de comédie musicale. Le domaine artistique est vaste, l’image, le son, la peinture, la littérature sont dans un univers commun.
Mathias Malzieu : Comme Barbara, le principal est de raconter des histoires. Les affluents et confluents du fleuve seraient l’image des nombreuses possibilités qui entourent le monde artistique. On se nourrit de toutes ces expériences. Tout est lié, sans automatisme, autour de la passion, la curiosité et de ses goûts personnels.
 
Diego : Est-ce facile de se livrer aux gens en dévoilant son intimité ?
Barbara Carlotti : C’est un long travail de recherche avec Renaud expliquant pourquoi on a choisi ce disque et pas un autre. Pourquoi cet album, pourquoi cette chanson qui devient si particulière pour nous ? Pourquoi perdure-t’il/elle dans nos vies ? Nous avons eu deux sessions de travail intenses et l’intimité s’est dévoilée avec ces réflexions personnelles et collectives. Un récit qu’il n’est pas toujours évident de maitriser car cela peut devenir très long de se raconter en étant condensé.
Mathias Malzieu : Le regard de l’autre est très important. Un artiste s’expose par nature même s’il est masqué. C’est une partie de nous qui est transposée. Présenter un disque, c’est se mettre à nu sans gadget, artifice ni prétention. Accepter les autres, c’est s’accepter soi-même. S’intéresser à la vie des autres est une richesse.
 
Diego : On clôt sur ces très beaux mots Mathias ! Merci à vous 3 pour cette belle interview croisée.
Renaud, Barbara & Mathias : Merci !
 

 
  • Remerciements : Renaud Cojo
  • Photos : Diego
  • Relecture : Jacky G.