
INTERVIEW MURRAY HEAD @ DIEGO ON THE ROCKS
INTERVIEW MURRAY HEAD
On ne présente plus MURRAY HEAD qui aura 80 ans en mars prochain ! L’un des Britanniques les plus Français sera en concert le 19 décembre 2025 à la salle du Grand Parc de Bordeaux pour une ultime tournée où il réinterprètera ses plus grands tubes.
Suite à notre sollicitation, Murray a accepté de répondre une nouvelle fois aux questions de Diego pour notre webzine.
Diego : Tout d’abord, comment allez-vous ?
Murray Head : Très bien ! Je sors d’une opération du genou qui ajoute du métal dans mon corps mais je me remets tranquillement. De plus, j’aime cette saison où il fait encore vingt degrés dans le Béarn et on y vit mieux que dans le nord !
Diego : Comme les « vingts » degrés du sud-ouest, nous avons aussi le « vin » de Bordeaux chez nous et je crois savoir que votre ingénieur du son « Manu », est un fin connaisseur !
Murray Head : Tu le connais ?
Diego : Oui, il a longtemps travaillé avec Matmatah !
Murray Head : J’aime le Beaujolais comme tous les Anglais qui préfère le goût fruité au fût de chêne… Concernant Manu, je cache mes bouteilles dans les loges car il renifle en permanence ! (rires) Il est très fidèle et je l’aime beaucoup. Notre association fonctionne bien et nous préparons des surprises pour l’Olympia.
Diego : Si l’on vous compare à Hugues Aufray qui a 96 ans et pourrait-être votre grand frère, vous jouez moins que lui !
Murray Head : C’est vrai ! Hugues est une institution. Il a une résistance incroyable. Il s’est récemment marié pour avoir la une de Paris Match ! A nos âges, nos amis partent à tour de rôle et les fans sont de moins en moins nombreux. Pour répondre à ta question, je tourne moins qu’avant car le rythme est fatiguant mais j’aime rencontrer le public.

Diego : Actuellement vous préparez vos futurs concerts ?
Murray Head : Oui et nous retravaillons ma musique utilisée pour certains films comme « Un P’tit Truc en Plus » et une réalisation de Canal + sur Benjamin Ferré, le skipper qui a fait le tour du monde. Pour se remonter le moral, il écoutait « Say It Ain’t So ». Ce titre, initialement une protest-song, parle des chefs d’état et de la corruption. Joe représente l’homme de la rue comme le président Nixon de l’époque et tes compatriotes n’ont pas nécessairement compris ce titre en 1975. Beaucoup pensaient qu’il s’agissait d’une chanson d’amour et plein d’enfants sont nés grâce à moi ! Les Français préfèrent écouter du Baudelaire et privilégient les paroles sachant que peu sont bilingues.
A y réfléchir, les auteurs devraient garder les chansons pour eux car dès qu’on la joue à quelqu’un, l’auditeur l’interprète à sa façon et elle ne nous appartient plus. (rires)
Diego : Il serait difficile d’en vivre ! En concert, jouez-vous toujours « Le Sud » de Nino Ferrer ?
Murray Head : Oui et j’ai une anecdote sur cette chanson ! A l’époque, je faisais la première partie d’Elton John en Angleterre et mon orchestre est parti sur un day-off jouer en France ce titre avec Nino. J’ai découvert les images 20 ans plus tard et les musiciens semblaient s’amuser beaucoup plus avec Nino qu’avec moi ! C’est la raison pour laquelle je l’ai reprise.
Diego : 60 ans de carrière, n’est-ce-pas difficile de réinventer vos chansons pour les nouvelles tournées ?
Murray Head : J’ai une technique avec mes musiciens permettant l’improvisation. Nous avons les mêmes accords mais pouvons embellir les titres à notre guise en privilégiant la spontanéité. Cela permet des concerts et des tournées différentes. Les set-lists sont rédigées au dernier moment. J’aime prendre la température d’une salle et du public avant un concert.
Diego : Que représentait la musique dans votre jeunesse ?
Murray Head : C’était la seule façon de s’exprimer. Dans les écoles, les parents voulaient que leurs enfants deviennent avocat, médecin ou ingénieur. Pas mal de jeunes sont entrés dans des écoles d’art et se sont passionnés pour la musique. Le plus difficile était parfois de convaincre nos parents qui pensaient qu’en vieillissant, il était impossible de conserver sa voix. Ce métier est difficile car les salaires sont variables en permanence et fluctuent énormement.

Diego : D’autant plus que les disques ne se vendent pas et les plateformes de streaming reversent une misère aux artistes !
Murray Head : Exactement. On survit mais c’est difficile. La passion demeure à 80 ans et c’est un atout fabuleux. Il faut rester « au courant » de ce qui se passe pour ne pas devenir « has been ».
Aujourd’hui, les algorithmes représentent le manque d’argent des artistes car les albums ne sont plus écoutés entièrement. C’est devenu du consommable. Si tu y ajoutes les influenceurs des années 2020, tu n’as plus d’opinion et tu suis le mouvement ! Les « chansons protest » venues d’Amérique Latine et de Bob Dylan sont en voie de disparition. L’argent a tout pourri…
Diego : Pour finir, quels sont les plus beaux concerts que vous ayez vécus en tant que spectateur ?
Murray Head : Y’en a beaucoup mais je pourrais te citer plusieurs tournées de Peter Gabriel avec ses scènes mirobolantes ! Sinon, j’ai adoré le documentaire de Jonathan Demme « Stop Making Sense » avec David Byrne sur les Talking Heads sorti en 1984. Côté concerts, également Joseph Arthur qui est formidable. Il mélange la musique solo et la peinture avec une classe incroyable. Une pureté artistique. Plus récemment, Taylor Swift à Lyon. Elle chante bien et son spectacle est une folie qui dure plus de 3 heures, même sous la pluie. Elle improvise malgré la taille gigantesque de ses shows. Je sais que pendant la Covid, elle a ré-enregistré ses chansons qui lui avaient été refusées alors qu’elle était inconnue. Ma fille Kate qui est attachée de presse a travaillé avec elle et elle a logé dans un de mes appartements à une époque.
Diego : Plein de belles choses ! Merci Murray, on se retrouve à Bordeaux le mois prochain ?
Murray Head : Sans problème ! Merci.
- Remerciements : Laurence Margot / 3 AG PRODUCTION
- Photos : Thomas Girard
- Relecture : Jacky G.