
ALAN STIVELL @ DIEGO ON THE ROCKS
INTERVIEW ALAN STIVELL #278
Légende vivante de la harpe, Alan Stivell est un pionnier de la musique bretonne et reconnu comme le premier à électrifier les ambiances celtes. Ses collaborations sont innombrables et ses plus grands succès comme « Tri Martolod » et « Suite Sudarmoricaine » sont des incontournables des fest-noz.
A 82 ans et la veille de son concert au Théâtre Fémina de Bordeaux, l’artiste a accepté de recevoir Diego pour Musiques En Live à son hôtel. Remerciements particuliers à Thierry Wendl.
Diego : Merci Alan d’accepter cette interview dans votre hôtel de Bordeaux !
Alan : Merci à vous. Je suis content car mon nouveau clip « The First Time I Ever Saw Your Face », reprise entre autres de Marianne Faithfull vient d’être partagé en ligne à l’instant ! Elle est décédée il y a un an.
Diego : Superbe texte et quel heureux hasard car c’était la chanson de mon mariage dans sa version George Michael !
Alan : Excellent ! Je ne savais pas qu’il l’avait aussi reprise.
Diego : Sa reprise de Roberta Flack est sortie en 1999 dans l’album « Songs From The Last Century ». Pour revenir à vous, si « le » Alain de 1957 qui a fait la première partie de Line Renaud à l’Olympia rencontrait « le » Alan de 2026. Que lui dirait-il ?

Alan : 70 ans plus tard ! 10 ans d’amateur et 60 ans de professionnalisme musical. Lorsque je me retrouve en première partie de Line Renaud, j’ai 13 ans. On m’a dit : « Est-ce que tu as fait pipi avant d’entrer en scène ? »
Diego : Ce n’est pas très courant ! Et j’imagine que 70 ans après, on ne vous le dit plus… (rires)
Alan : (rires) Sur ma carte d’identité, c’était Alain et mon père finissait la construction de la première harpe celtique en bretagne. Une construction utopique. Je passais sur Europe 1 et ai joué 3 morceaux ce soir là. En 1957, la guitare et le rock n’roll arrivent sur l’Europe et je fusionne les deux avec ma harpe. La musique Américaine débarque et nait un espoir pour la culture bretonne relativement voisine. Une histoire commune qui mélange l’Irlande/Ecosse et l’Afrique. A cette époque, je suis le seul à m’aventurer dans le rock, la harpe et la langue bretonne. Les groupes Anglais ont également mélangé la guitare avec des cordes et des ambiances médiévales. Les harpes celtiques et à cordes métalliques ont une magie hypnotique due à leur résonance. Le succès fut rapide, de radio France à mon contrat chez Philipps en 1967. Après votre question est difficile et je ne sais pas ce qu’Alain dirait à Alan… surpris de sa longévité peut-être !
Diego : Avec une telle carrière scénique, que proposez-vous dans votre « Liberté Tour » actuel que vous n’avez pas encore fait en 70 ans de carrière ?
Alan : Je n’ai pas tout fait ! La technologie évolue tous les jours notamment dans l’amplification. Ce qui m’intéresse, c’est la harpe du futur. De l’électro-acoustique des 70’s aux guitares midi des 80’s avec les synthétiseurs puis les claviers sophistiqués. La guitare midi qui pilote le son d’une harpe n’existait pas dans les années 60 et toutes ces évolutions se ressentent sur scène.
Diego : Y’a t’il des collaborations qui n’ont jamais abouties ?
Alan : J’aurais aimé travailler avec Ravi Shankar, Paul Mc Cartney et U2. C’est parfois frustrant. J’ai raté un duo avec Michel Petrucciani, faute de temps.
Par contre j’ai réalisé de très beaux morceaux avec Jim Keer de Simple Minds, Kate Bush, Idir, Bob Geldof, Francis Cabrel et Youssou N’Dour. Il y en a eu beaucoup… j’ai même travaillé par correspondance avec Murray Head et Fatoumata Diawara.
Diego : Et je vous aurais bien imaginé en duo avec Peter Gabriel !
Alan : Nous nous sommes croisés à un festival et sa world music aurait parfaitement correspondu avec mon style. Il est toujours difficile de mélanger les francophones avec les anglophones. Mon tourneur Arachnée Production a récemment réussi à me produire en Irlande, ce qui n’est pas évident.
Diego : Quelle importance a eu Franck Darcel de Marquis de Sade ?
Alan : Un défenseur de la bretagne ! La cold wave de son groupe Rennais n’avait pas les prédispositions sonores pour défendre notre région et pourtant il était très attaché à l’histoire et à notre culture militante. Un avant-gardiste et un écrivain.
D’ailleurs pour parler de Rennes, j’ai sorti en juin une reprise de « L’été » en duo avec Etienne Daho. L’original date de son premier album.
Diego : Le célèbre album « Mythomane » de 1981 ! Avez-vous un rituel avant de monter sur scène ?
Alan : Oui, je mange des pates pour les sucres lents environ 1h30 avant la prestation. Plus jeune, je buvais un verre de Bordeaux ou des mets locaux mais ma santé m’a obligé à ralentir les excès.

Diego : N’est ce pas difficile pour un spectateur lambda d’écouter un artiste chanter en breton ?
Alan : Beaucoup de chansons sont en anglais et les français ne comprennent pas la langue ! Je pense que la musique et le rythme des mots touchent. J’ai repris mes études d’anglais, je parle et chante en breton mais je dois me concentrer. Généralement les auditeurs ressentent la musique et ont leur propre interprétation d’un texte qu’ils comprennent surtout en langue française. A croire que le langage diplomatique à l’ONU a volontairement été choisi pour son ambiguïté !
Diego : Effectivement ! Musicalement, y’a t’il un artiste héritier d’Alan Stivell ?
Alan : Sans prétention, peut-être la Rennaise Gwennyn qui a une cinquantaine d’années. Elle défend sa carrière et joue régulièrement en Allemagne.
Diego : Pour finir, quels sont les plus beaux concerts que vous ayez vécus en tant que spectateur ?
Alan : De très beaux concerts récents au Midem de Cannes et aux Transmusicales de Rennes. Je pense également à Maria Del Mar Bonet et au catalan Lluis Llach. J’ai un bon souvenir de Bob Dylan vu il y a très longtemps.
Diego : Merci Alan, bonnes vacances et à bientôt pour vos concerts à Lyon, en Espagne et au Portugal en novembre.
Alan : Merci Diego.
Relecture : Jacky G.
Remerciements : Thierry Wendl